Vendredi, au programme, visite de l’usine d’une boite à qui on sous-traite la fabrication de pièces métalliques en tout genre.
En général, on ne voit de ces entreprises que la face émergée de l’iceberg, ce qui, compte tenu de la température locale, ne représente pas grand chose. Au moment de l’appel d’offre, un ingénieur et un commercial viennent nous rendre visite. On leur donne les plans, on discute un peu pour vérifier qu’on est bien sur la même longueur d’onde, si tout va bien, on signe … et avec un peu de chance, quelques semaines plus tard, le produit fini est livré sur le chantier. Si j’y suis pas à ce moment et que la pièce est montée dans les jours qui suivent, tout ce que j’aurai vu de la compagnie XYZ Snd Bhd, ce sont deux sympathiques représentants et les plans des pièces, que j’ai sous les yeux day in and day out…
C’est pour cela qu’il est parfois bon de leur rendre une petite visite à l’occasion, à plus forte raison quand c’est une entreprise avec laquelle nous n’avons pas l’habitude de travailler.
Laissez-moi vous narrer ma dernière visite ; une visite typique, en somme !
Vendredi matin, je parts en voiture avec un collègue, direction Port Klang. Au bout d’une heure de route et en suivant scrupuleusement les indications, nous prenons la 3ème à gauche après la station essence. Nous sommes en rase campagne et nous avons passé la dite station il y a bien 15 bornes. La 3ème à gauche s’avère être un petit chemin en terre qui s’enfonce dans une jungle de bananiers (y a aussi plein d’autres arbres, mais j’ai surtout appris à reconnaître les bananiers) Comme ce chemin ne mène absolument nul part, nous faisons marche arrière (et non pas demi-tour, y a pas la place) pour rejoindre la route principale, afin de voir si, dans notre précipitation, nous ne somme pas déjà passé devant le bon chemin. Je vous passe les détails. Nous finissons, complètement de par hasard, par emprunter le bon chemin qui nous conduit jusqu’à l’usine. C’est pratique, tout de même, le hasard !
Située dans une clairière, certainement défrichée manuellement, cette usine paraît très propre. Un gardien à l’entrée, un portail électrique, des places de parkings, elle a tout d’une grande ! On nous conduit dans une salle de réunion où l’on nous sert les traditionnels Teh Tarik et Kopi Tarik (au choix, café ou thé avec beaucoup de lait concentré très sucré). Même pas le temps de se chopper un diabète carabiné, que commence le défilé des directeurs de ci ou de ça (me demandez pas pourquoi mais ils sont tous directeurs de quelque chose) et le tout aussi traditionnel échange de carte de visite . Après avoir épuisé tout mon stock, je reçois solennellement un pavé sur l’entreprise qui m’aidera peut-être à comprendre pourquoi il y a autant de directeurs, si jamais l’envie saugrenue me prend de vouloir le lire.
Et puis, après quelques mondanités, nous finissons par quitter la salle de réunion pour aller visiter l’usine qui se trouve dans la pièce adjacente, sous-jacente ou sur-jacente, selon le point de vue.
Holly Cow !
Le terme d’usine est un peu exagéré. Ca ressemble un peu au hangar de M. Pouce, le voisin de mes grands-parents…mais en pire ! Pour info et pour tous ceux (et vous êtes nombreux), qui ne voient pas de quoi je parle, c’est dans les Corbières. Un gros fatras métallique : des poutres, des tôles, des vis et des boulons en tout genre, éparpillés d’une façon si parfaite que je me suis demandé un instant si y avait pas un géant qui aurait attrapé l’usine pour la secouer violemment avant de la remettre sa place. Mais ça se peut pas... Autre détail intéressant, il n’y a absolument pas l’ombre d’une machine un tant soit peu automatique. Pas d’ateliers non plus. Je vois quelques gars accroupis par terre ou en équilibre sur des monticules de ferraille, en train de découper, percer ou souder des trucs qui seront plus tard des pièces d’une qualité digne de l’industrie aéronautique. Aussi étonnant que ça puisse paraître, ces gars sont les MacGyver de l’industrie métallurgique. Avec un chewing-gum, un bout de ficelle et un couteau pointu, ils arrivent à faire des trucs par croyables !
La visite dure en général une petite demi-heure. C’est léger après s’être tapé une heure de route. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le repas auquel nous sommes invités. Le but étant de remplir la panse du client (nous, en l’occurrence) de façon à ce qu’il n’ait pas l’impression d’être venu pour rien. A la demi-heure de visite succède donc 2 (quand c’est pas 3) heure de repas où un nombre incalculable de plat s’enchaîne. Tout un rituel !
Mais ce repas est aussi un test : par politesse, on vous apporte des couverts en plus des baguettes. Mais hors de question de piocher dans le bol de cacahuètes avec les doigts. C’est là que l’entraînement paye : ignorer les couverts et saisir, l’air de rien, les cacahuètes avec les baguettes. Ca paraît rien comme ça (un peu quand même) mais ça suffit à se faire respecter ! Un occidental capable de réussir une telle prouesse, les chinois, ça les épate !
Une fois passé le test des baguettes commence le repas à proprement parlé. Enfin, proprement, c’est vite dit ! Il faut faire abstraction de toutes ses années d’apprentissage des bonnes manières, oublier le manuel du savoir-vivre. La politesse, ici, c’est se de jeter sur la nourriture, se servir goulûment, manger en faisant du bruit et, de préférence, en en foutant partout !
Attention, ce n’est valable pour le repas avec les chinois. Avec les indiens, il faut faire moins de bruit, mais il faut manger avec les doigts. C’est très amusant aussi.
Dans l’ensemble, c’est délicieux et bien présenté. Juste un bémol pour le dernier plat. Une soupe pour être précis. A mon avis (et j’y ai vachement réfléchi) ils ont récupéré tous les restes de la semaine et ils les ont fait bouillir dans de l’eau chaude. Ca se mange avec du vinaigre, comme ça, on a sent le goût ! Heureusement, il est très poli de ne pas finir son assiette. Quand, après vous êtes bâfré comme un ogre, arrive enfin le dernier plat, vous pouvez crier stop, ce qui permet à votre hôte de crier victoire !
S’en suit (s’essuye aussi, faut voir le chantier) le rituel du thé qui fait quand même vachement de bien à la fin du repas. Ca se boit très chaud et c’est servi dans des dés coudre.
Y a pas tortiller, les asiatiques, ils savent recevoir !
En général, on ne voit de ces entreprises que la face émergée de l’iceberg, ce qui, compte tenu de la température locale, ne représente pas grand chose. Au moment de l’appel d’offre, un ingénieur et un commercial viennent nous rendre visite. On leur donne les plans, on discute un peu pour vérifier qu’on est bien sur la même longueur d’onde, si tout va bien, on signe … et avec un peu de chance, quelques semaines plus tard, le produit fini est livré sur le chantier. Si j’y suis pas à ce moment et que la pièce est montée dans les jours qui suivent, tout ce que j’aurai vu de la compagnie XYZ Snd Bhd, ce sont deux sympathiques représentants et les plans des pièces, que j’ai sous les yeux day in and day out…
C’est pour cela qu’il est parfois bon de leur rendre une petite visite à l’occasion, à plus forte raison quand c’est une entreprise avec laquelle nous n’avons pas l’habitude de travailler.
Laissez-moi vous narrer ma dernière visite ; une visite typique, en somme !
Vendredi matin, je parts en voiture avec un collègue, direction Port Klang. Au bout d’une heure de route et en suivant scrupuleusement les indications, nous prenons la 3ème à gauche après la station essence. Nous sommes en rase campagne et nous avons passé la dite station il y a bien 15 bornes. La 3ème à gauche s’avère être un petit chemin en terre qui s’enfonce dans une jungle de bananiers (y a aussi plein d’autres arbres, mais j’ai surtout appris à reconnaître les bananiers) Comme ce chemin ne mène absolument nul part, nous faisons marche arrière (et non pas demi-tour, y a pas la place) pour rejoindre la route principale, afin de voir si, dans notre précipitation, nous ne somme pas déjà passé devant le bon chemin. Je vous passe les détails. Nous finissons, complètement de par hasard, par emprunter le bon chemin qui nous conduit jusqu’à l’usine. C’est pratique, tout de même, le hasard !
Située dans une clairière, certainement défrichée manuellement, cette usine paraît très propre. Un gardien à l’entrée, un portail électrique, des places de parkings, elle a tout d’une grande ! On nous conduit dans une salle de réunion où l’on nous sert les traditionnels Teh Tarik et Kopi Tarik (au choix, café ou thé avec beaucoup de lait concentré très sucré). Même pas le temps de se chopper un diabète carabiné, que commence le défilé des directeurs de ci ou de ça (me demandez pas pourquoi mais ils sont tous directeurs de quelque chose) et le tout aussi traditionnel échange de carte de visite . Après avoir épuisé tout mon stock, je reçois solennellement un pavé sur l’entreprise qui m’aidera peut-être à comprendre pourquoi il y a autant de directeurs, si jamais l’envie saugrenue me prend de vouloir le lire.
Et puis, après quelques mondanités, nous finissons par quitter la salle de réunion pour aller visiter l’usine qui se trouve dans la pièce adjacente, sous-jacente ou sur-jacente, selon le point de vue.
Holly Cow !
Le terme d’usine est un peu exagéré. Ca ressemble un peu au hangar de M. Pouce, le voisin de mes grands-parents…mais en pire ! Pour info et pour tous ceux (et vous êtes nombreux), qui ne voient pas de quoi je parle, c’est dans les Corbières. Un gros fatras métallique : des poutres, des tôles, des vis et des boulons en tout genre, éparpillés d’une façon si parfaite que je me suis demandé un instant si y avait pas un géant qui aurait attrapé l’usine pour la secouer violemment avant de la remettre sa place. Mais ça se peut pas... Autre détail intéressant, il n’y a absolument pas l’ombre d’une machine un tant soit peu automatique. Pas d’ateliers non plus. Je vois quelques gars accroupis par terre ou en équilibre sur des monticules de ferraille, en train de découper, percer ou souder des trucs qui seront plus tard des pièces d’une qualité digne de l’industrie aéronautique. Aussi étonnant que ça puisse paraître, ces gars sont les MacGyver de l’industrie métallurgique. Avec un chewing-gum, un bout de ficelle et un couteau pointu, ils arrivent à faire des trucs par croyables !
La visite dure en général une petite demi-heure. C’est léger après s’être tapé une heure de route. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le repas auquel nous sommes invités. Le but étant de remplir la panse du client (nous, en l’occurrence) de façon à ce qu’il n’ait pas l’impression d’être venu pour rien. A la demi-heure de visite succède donc 2 (quand c’est pas 3) heure de repas où un nombre incalculable de plat s’enchaîne. Tout un rituel !
Mais ce repas est aussi un test : par politesse, on vous apporte des couverts en plus des baguettes. Mais hors de question de piocher dans le bol de cacahuètes avec les doigts. C’est là que l’entraînement paye : ignorer les couverts et saisir, l’air de rien, les cacahuètes avec les baguettes. Ca paraît rien comme ça (un peu quand même) mais ça suffit à se faire respecter ! Un occidental capable de réussir une telle prouesse, les chinois, ça les épate !
Une fois passé le test des baguettes commence le repas à proprement parlé. Enfin, proprement, c’est vite dit ! Il faut faire abstraction de toutes ses années d’apprentissage des bonnes manières, oublier le manuel du savoir-vivre. La politesse, ici, c’est se de jeter sur la nourriture, se servir goulûment, manger en faisant du bruit et, de préférence, en en foutant partout !
Attention, ce n’est valable pour le repas avec les chinois. Avec les indiens, il faut faire moins de bruit, mais il faut manger avec les doigts. C’est très amusant aussi.
Dans l’ensemble, c’est délicieux et bien présenté. Juste un bémol pour le dernier plat. Une soupe pour être précis. A mon avis (et j’y ai vachement réfléchi) ils ont récupéré tous les restes de la semaine et ils les ont fait bouillir dans de l’eau chaude. Ca se mange avec du vinaigre, comme ça, on a sent le goût ! Heureusement, il est très poli de ne pas finir son assiette. Quand, après vous êtes bâfré comme un ogre, arrive enfin le dernier plat, vous pouvez crier stop, ce qui permet à votre hôte de crier victoire !
S’en suit (s’essuye aussi, faut voir le chantier) le rituel du thé qui fait quand même vachement de bien à la fin du repas. Ca se boit très chaud et c’est servi dans des dés coudre.
Y a pas tortiller, les asiatiques, ils savent recevoir !
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