lundi 25 décembre 2006

Xmas Blues

Noël, ça se fête famille. La mienne étant à 11 000 km, je vais devoir déroger à la règle. Ceci dit, si vous retirez à Noël la neige, les sapins et toutes connotations culturelles ou religieuses, il ne reste plus qu’une vaste mascarade commerciale dénuée de symbolique et sans intérêt. Un peu comme Halloween en France, Noël en Malaisie, c’est pas vraiment Noël. Depuis quelques semaines, les centres commerciaux vomissent leurs décibels de chant de Noël grotesques. Les sapins synthétiques fleurissent (ou pas) un peu partout, dans l’indifférence générale des malaysiens. Peuple fier, ils résistent encore et toujours au matraquage publicitaire cherchant à promouvoir l’invasion d’une fête qui n’est pas la leur. Ils ont déjà tellement de fête au long de l’année qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter.
Bien que fiers et ombrageux, les malaysiens n’en sont pas moins large d’esprit. Ils acceptent toutes les cultures. C’est ainsi que vendredi, l’intégralité des employés, dont je ne connais qu’une moitié, a défilé devant mon bureau pour me souhaiter un joyeux Noël. Je me suis dit au début qu’ils étaient contents d’avoir, pour une fois, quelqu’un à qui souhaiter ça, mais en fait, ils étaient sincèrement heureux pour moi. Et même s’ils ont largement surévalué l’importance de Noël dans ma vie, le geste était vraiment touchant. Après tout, combien d’entre vous/nous ont déjà souhaité une joyeuse Aid-El-Kebir ou un joyeux Hanoukka à un collègue de bureau ? Honnêtement, la plus part du temps, on ne sait même pas quand ça tombe.
Et puis, emmètre des suppositions quant à l’obédience de quelqu’un serait, grand dieu, politiquement incorrect, voir même, répréhensible. Le christianisme est la seule religion encore considérée comme laïc en France. On peut dire joyeux Noël sans choquer personne. Les états-uniens ont poussé le politiquement correct jusqu'à se souhaiter de « happy holidays », comme ça, pas d’erreur possible. Les québécois se souhaiteraient de « joyeuses vacances » mais heureusement, ils sont pas aussi barges !
Mais revenons à nos bonhommes de neige. Il était hors de question de fêter Noël dans un bar ou dans une boite de nuit. D’une part parce que j’aime pas les boites, d’autres part parce que ça aurait fait de la peine à ma Maman. Et j’aime pas lui faire la peine. Alors, en bon fils, j’ai mis mon habit du dimanche, je me suis coiffé avec la raie sur le coté et je me suis rendu chez des amis où nous avons partagé un excellent repas. Nous étions une dizaine d’orphelin géographique. La maîtresse de maison s’était donnée beaucoup de mal pour que Noël soit présent jusque dans les moindres détails : un sapin illuminé, une table joliment décoré, du rouge, du blanc, du vert foncé et des paillettes dorées. De quoi en oublier les 35°C à l’extérieur ! Nous avons même eu droit à du foie gras, de la dinde, du saumon. Un repas de fête dans toute sa splendeur.
Le 25 au matin, quelle fut ma surprise de trouver des cadeaux dans mes souliers ! Je n’ai pourtant pas de cheminée. Peut-être est-il passé par la fenêtre ? Quoi qu’il en soit, le gros monsieur en rouge m’avait déposé deux paquets. Dans le premier, des photos/posters de la place du Cap’, des les quai de la Daurade et du Pic du Midi de Bigorre (avé l’accent). Dans le second, le Best Of de Nougaro (avé l’accent aussi). En fait, la surprise, c'était pas vraiment les paquets cadeaux mais plutôt (Mickey ?) ce qu'il y avait à l'intérieur. Mister Coca-Cola les avait cachés dans ma valise lors de mon re-départ en Malaisie avec interdiction de les ouvrir avant le jour J. Une petite piqûre de rappel, bourrée de nostalgie et qui me rappelle que ... et bien que je suis pas chez moi pour Noël.
Y a pas à dire, les parents savent toujours comment nous faire culpabiliser !

mercredi 20 décembre 2006

Samaritain des temps modernes

Noël, ça se fête famille. La mienne étant à 11 000 km, je vais devoir déroger à la règle. Ceci dit, si vous retirez à Noël la neige, les sapins et toutes connotations culturelles ou religieuses, il ne reste plus qu’une vaste mascarade commerciale dénuée de symbolique et sans intérêt. Un peu comme Halloween en France, Noël en Malaisie, c’est pas vraiment Noël. Depuis quelques semaines, les centres commerciaux vomissent leurs décibels de chant de Noël grotesques. Les sapins synthétiques fleurissent (ou pas) un peu partout, dans l’indifférence générale des malaysiens. Peuple fier, ils résistent encore et toujours au matraquage publicitaire cherchant à promouvoir l’invasion d’une fête qui n’est pas la leur. Ils ont déjà tellement de fête au long de l’année qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter.
Bien que fiers et ombrageux, les malaysiens n’en sont pas moins large d’esprit. Ils acceptent toutes les cultures. C’est ainsi que vendredi, l’intégralité des employés, dont je ne connais qu’une moitié, a défilé devant mon bureau pour me souhaiter un joyeux Noël. Je me suis dit au début qu’ils étaient contents d’avoir, pour une fois, quelqu’un à qui souhaiter ça, mais en fait, ils étaient sincèrement heureux pour moi. Et même s’ils ont largement surévalué l’importance de Noël dans ma vie, le geste était vraiment touchant. Après tout, combien d’entre vous/nous ont déjà souhaité une joyeuse Aid-El-Kebir ou un joyeux Hanoukka à un collègue de bureau ? Honnêtement, la plus part du temps, on ne sait même pas quand ça tombe.
Et puis, emmètre des suppositions quant à l’obédience de quelqu’un serait, grand dieu, politiquement incorrect, voir même, répréhensible. Le christianisme est la seule religion encore considérée comme laïc en France. On peut dire joyeux Noël sans choquer personne. Les états-uniens ont poussé le politiquement correct jusqu'à se souhaiter de « happy holidays », comme ça, pas d’erreur possible. Les québécois se souhaiteraient de « joyeuses vacances » mais heureusement, ils sont pas aussi barges !
Mais revenons à nos bonhommes de neige. Il était hors de question de fêter Noël dans un bar ou dans une boite de nuit. D’une part parce que j’aime pas les boites, d’autres part parce que ça aurait fait de la peine à ma Maman. Et j’aime pas lui faire la peine. Alors, en bon fils, j’ai mis mon habit du dimanche, je me suis coiffé avec la raie sur le coté et je me suis rendu chez des amis où nous avons partagé un excellent repas. Nous étions une dizaine d’orphelin géographique. La maîtresse de maison s’était donnée beaucoup de mal pour que Noël soit présent jusque dans les moindres détails : un sapin illuminé, une table joliment décoré, du rouge, du blanc, du vert foncé et des paillettes dorées. De quoi en oublier les 35°C à l’extérieur ! Nous avons même eu droit à du foie gras, de la dinde, du saumon. Un repas de fête dans toute sa splendeur.
Le 25 au matin, quelle fut ma surprise de trouver des cadeaux dans mes souliers ! Je n’ai pourtant pas de cheminée. Peut-être est-il passé par la fenêtre ? Quoi qu’il en soit, le gros monsieur en rouge m’avait déposé deux paquets. Dans le premier, des photos/posters de la place du Cap’, des les quai de la Daurade et du Pic du Midi de Bigorre (avé l’accent). Dans le second, le Best Of de Nougaro (avé l’accent aussi). En fait, la surprise, c'était pas vraiment les paquets cadeaux mais plutôt (Mickey ?) ce qu'il y avait à l'intérieur. Mister Coca-Cola les avait cachés dans ma valise lors de mon re-départ en Malaisie avec interdiction de les ouvrir avant le jour J. Une petite piqûre de rappel, bourrée de nostalgie et qui me rappelle que ... et bien que je suis pas chez moi pour Noël.
Y a pas à dire, les parents savent toujours comment nous faire culpabiliser !

vendredi 15 décembre 2006

Esprit, es-tu là ?

Il ne faut pas sous-estimer la force du coté obscur !
Sur ce point, Georges Lucas et Joachim sont d’accord. Joachim est un membre de la communauté des Orang Mulu, une tribu de Sarawak, Bornéo, dont les croyances spirituelles sont partagées de manière équitable et sans aucune jalousie, entre l’église catholique apostolique et la magie noire. Il travaille aussi sur le barrage dont à propos duquel je vous ai déjà parlé si vous avez bien tout suivi.
La semaine dernière, j’ai du me rendre sur le dit-barrage. Joachim est venu me récupérer à l’aéroport pour me conduire, cahin-cahan, sur le chantier, à 4h de route. Il conduit un gros 4x4 dont les amortisseurs ont sûrement été enlevés pour des raisons esthétiques et, au lieu d’emprunter la belle route toute neuve et toute lisse dont le gouvernement vient de faire cadeaux à la province de Sarawak, il préfère prendre le chemin traditionnel. La raison est simple la nouvelle route est hantée. En fait cela se traduit par un nombre considérable et inexplicable de panne et d’accident.
Evidement, de tels propos me turlupinent. Je lui pose quelques questions pour en savoir plus. Il se trouve que les fantômes sont assez puissants sur Bornéo. Il m’explique que le mois dernier, juste en bas du barrage, deux quidams péchant dans la rivière Balui se seraient fait happer par des esprits affamés pour être engloutis dans les remous boueux du cours d’eau. En gros, ils se seraient noyé. Afin d’éviter d’autre accident de ce genre, qui font désordre sur le bureau de l’entrepreneur, un employé de la Commission Hygiène et Sécurité est allé poser un grillage autour du lieu du drame, interdisant ainsi l’accès aux éventuels pêcheurs. Le lendemain, les fantômes courroucés lui faisaient avoir un accident mortel sur la route entre le barrage et Bintulu, faisant de lui un des leurs.
Coïncidences ? On ne plaisante pas avec ces choses là.
La voiture de Joachim n’étant pas non plus équipée de ceintures de sécurité, l’histoire du fantôme qui te fait avoir des accidents de la route me plait moyen. D’autant plus qu’il est bientôt minuit. Heureusement, qui dit fantômes, dit sorciers, chamans ou vaudous aux pouvoirs surnaturels et discutables. Je me permets de demander à Joachim s’il n’a pas l’adresse d’un marabout qui pourrait m’approvisionner en amulettes anti-accident. Les « black magic men » ne sont pas forcement des mauvais bougres. Il faut juste éviter leur chercher de noises. Quand ils sont sympas, ils font même des potions qui attirent les nanas. Joachim m’explique qu’il y a cependant un petit bémol : la magie noire n’opère que sur ceux qui ont été élevé au sein maternel.
Afin de conserver un tant soit peu de vie privée, je m’abstiendrai de révéler si je suis éligible pour de telles pratiques, mais sachez que je compte bien aller me faire prescrire un gri-gri protecteur, à prendre deux fois par jour entre les repas. Comme disent les marins : « je suis pas superstitieux … mais on sait jamais. »
Bornéo est une île étrange, hébergeant, en plus des fantômes et autres esprits farceurs, un nombre hallucinant d’espèces animales et végétales mystérieuses, pour la plus part endémique. J’ai eu tout le loisir de m’en apercevoir en empruntant de nuit la route pour aller au barrage. Nous avons croisé des animaux dont je n’ai pas encore trouvé le nom, comme un hybride castor-porc épic. Un peu comme un centaure, mais en plus ridicule. Le principal problème de ces animaux, c’est qu’ils se croient chez eux, même sur la route. Comme ils ne sont pas équipés de feux de signalisations, l’inévitable se produit parfois.. Joachim a fait marche arrière pour ramasser le pauvre Manis Javanica. Bien que protégé, ce petit pangolin n'en a pas moins la chair délicate et parfumée. Il m’a dit qu’il me ferait un je-sais-plus-trop-quoi avec la peau écailleuse de la bestiole.
Pourvu que les esprits de la forêt ne nous en tiennent pas rigueurs…

vendredi 1 décembre 2006

La semaine prochaine, promis !

Travailler en Malaisie, c’est un peu comme étudier au collège.
On envoie un appel d’offres en demandant explicitement une réponse avant une date limite. Le jour dit, tout le monde répond … pour dire qu’ils remettront leur devoir, pardon, leur offre, un peu en retard. Il demande un petit délai supplémentaire.
Oh, bien sur, ce n’est pas leur faute. C’est celle du fournisseur qui n’a pas encore renvoyé les nouveaux tarifs pour les matériaux, c’est celle de l’ordinateur qui a planté, celle du téléphone qui est en panne, celle du chien de la voisine qui a mangé le dossier …
Alors il faut rappeler, insister, prier les fournisseurs de bien vouloir avoir l’aimable obligeance et l’immense magnanimité de bien vouloir envoyer leur réponse…
Dans le même registre, j’ai cru comprendre en que dans les pays occidentaux, le sous-traitant était taillable et corvéable à merci (des bruits qui courent). Ici, il se permet d’arriver avec 2h de retard à un rendez-vous. Et là où le sous-traitant occidental se confondrait en excuses, le malaisien s’en contre-fout royalement et ne prend même pas la peine de mentionner son retard, vous laissant le soin d’entamer la discussion :
- « Nous avions rendez-vous a 9h, me semble t’il »
- « Je croyais que c’était à 10h »
- « Je vous ai envoyé un mail et je vous ai téléphoné hier pour re-confirmer »
- « J’ai confondu, je pensais que c’était à 10h »
- « ….mais, mais … il est 11h ! »
- « C’est à cause des bouchons … »
J’abandonne. Pourtant je m’y connais en mauvaise foi. J’ai même terminé 3ème au championnat du monde de mauvaise foi, à Edinburgh en 2004. Mais là, c’est hors concours. Il suffit de passer une semaine à KL pour comprendre qu’il y a toujours des bouchons. 24h/24, 7j/7. Tout le monde sait qu’il faut prendre de bonne grosse marge, alors le coup du malaisien qui s’est laissé surprendre par un bouchon impromptu, désolé mais j’prends pas !
Enfin, j’aimerai terminer sur une curiosité physique, tout droit sortie des bouquins sur la relativité de ce cher Einstein : un malaisien arrive toujours « dans 10 minutes ». Et ça ne rate jamais !
Je pense que mes propos manque de clarté alors je m’en vais vous les illustrer par un exemple choisi au hasard : lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince avaient rendez-vous chez un sous-traitant. Le lieu de rendez-vous étant assez loin et dans une zone industrielle dans laquelle une chatte aurait du mal à retrouver ses petits, ils firent appel à l’un des chauffeurs de taxi avec lequel ils ont l’habitude de se déplacer. Au moins, ils seront conduits sans détours jusqu’au lieu de rendez-vous. Il fut convenu la veille que le chausseur passât les prendre en bas de l’immeuble à 8h. A 8h15, personne ! L’empereur appelle. Le chauffeur est pris dans les embouteillages. Je me permets rappeler, à ce stade de la narration, que les chauffeurs de taxi sont par définition ceux qui ont la plus grande expérience du trafic urbain. Passons. Le brave chauffeur répond qu’il arrive « dans 10 minutes ». L’empereur, sa femme et le p’tit prince ayant prévu large pour être à l’heure, sont encore dans les temps. Au bout de 15 minutes, toujours rien. L’empereur rappelle. « J’arrive dans 10 minutes » lui répond plein d’assurance l’effronté. L’empereur, bonne poire, acquiesce en lui précisant cependant de faire fissa.
J’abrége. Ce petit jeu dure une bonne heure. A la fin, le taxi finit par arriver et le chauffeur se fait aussitôt étrangler par l’empereur fou de rage.
Dans la culture asiatique, commettre une erreur équivaut à perdre la face, ça qui est pire que la mort, alors les gens préfèrent vous entretenir dans l’idée qu’ils vont arriver dans peu de temps, 10 minutes pour être précis, plutôt que d’admettre qu’ils sont grave à la bourre. Pourquoi 10 et pas 15 ? J’en ai fichtrement aucune idée. Ce qui est amusant (sic) c’est que cela vaut pour les taxis comme pour toutes les personnes avec qui vous pouvez avoir rendez-vous.
En fait, la plus grosse partie de mon travail n’a pas grand chose à voir avec l’ingénierie. Cela consiste le plus souvent jongler entre diplomatie, fermeté et patience (je crois que j’étais absent le jour où on a distribué ces qualités) pour arriver à respecter des délais utopiques, tout ça sans s’énerver et sans perdre, ni faire perdre, la face !
Je vous parlerai un peu de cette question de face dans une note que je compte publier « dans 10 minutes »