Je travaille en ce moment sur le projet Bakun, un barrage en construction dans la province de Sarawak, au nord de Bornéo. Afin de voir de prêt à quoi cela ressemble, on me propose d'aller passer quelques jours sur place… l'occasion de joindre l'utile à l'agréable. Et puis … ça changera certainement des plages de sables blancs
Je laisse donc Barnabé et Fix, pour partir en compagnie de Michel, chef de projet pour Bakun et Sankara, un ingénieur … qui apparemment à fait tous les plans tout seul ! Nous arrivons a Bintulu ou Joachim, un local embauché sur le site, nous attend, au volant d’un énorme 4x4.
Un barrage nécessite généralement beaucoup de place, un cours d'eau et du dénivelé. C'est pour cela qu'on les trouve rarement au milieu des grosses métropoles. Il faut environ 4h en 4x4 (autant de 4 … ça va coller des boutons à mes lecteurs chinois) pour rejoindre Bakun. Les traces de civilisation disparaissent considérablement au bout de quelques kilomètres. Nous croisons de temps à autre quelques longhouses, habitations traditionnelles de Sarawak. Comme leur nom l'indique, il s'agit de maisons construites toute en long où vivent tous les membres d’une même famille. De l'arrière grand père au petit-fils, chacun en occupe un tronçon. Quand la famille s'agrandit, la maison aussi.
Un semblant de route a été aménagé pour permettre à tous les engins de rejoindre le chantier, mais cela reste très loin de la nationale … voir de la départementale ou même de la communale … nous sommes plutôt dans le vicinal … et encore !
Nous arrivons néanmoins à destination. De par sa position isolée, le chantier est un petite ville en soit. Des habitations, un bar-restaurant et même, clé de voûte de la culture asiatique, un karaoké !
Le matin, levé de bonheur pour se rendre à la réunion mensuelle de coordination (traduction littérale). Tous les responsables des différents morceaux du barrage se retrouvent une fois par mois pour expliquer au client que c'est la faute de l'autre s’il est en retard. Objection votre honneur, c'est lui qui a pas voulu me faire ma route, il fait rien qu'à m' embêter. Quand on voit à combien s'élèvent les pénalités de retard, ça a de quoi vous faire hausser le ton.
Après ce spectacle (vu mon niveau dans la hiérarchie et mon expérience dans les barrages, vous vous doutez bien que j'ai fermé ma gueule. D'une part parce que j'avais rien à dire et d'autre part, parce que personne ne voulait m'écouter. De toute façon, nous sommes parfaitement dans les délais et le client nous a même donné un bon point. A ce rythme-là, si on se relâche pas et qu'on rend de bonne composition en fin de trimestre, on pourrait même être cité au tableau d'honneur.
Un repas ingurgité en 3 secondes 2 dixièmes avant d'aller au bureau (algeco ?). Un petit tour dans l'entrepôt pour voir des machines démesurées. Ça fait 5 ans qu'on a un problème à la maison avec la pompe de relèvement, j'ai ici quelque chose qui pourrait aisément la remplacer : une espèce d'engin (une pompe en fait) a peine plus grande que moi.
Puis, enfin, arrive la visite de chantier. En plein cagnard, la température sous mon casque doit avoisiner les 800°C … c'est environ à cette température que mon cerveau commence à faire des petites bubulles. Mais de quoi je me plains ? Ça fait tout juste 20 min que je suis dehors et quand je vois des gars qui passent la journée (le Lundi ?) au soleil, un chalumeau a la main, je me dis qu'après tout, il fait pas si chaud.
Le chantier est impressionnant. Nous sommes au pied d'un barrage de 205 m de haut (pour l'instant il n'en fait que 160 … mais c'est déjà pas mal).
Le chantier devrait être terminé dans 3 ou 4 ans (inch allah) et il faudra environ 8 mois pour remplir le lac. Une fois le barrage terminé, il faudra enlever le petit barrage provisoire, reboucher le tunnel qui dévie l'eau sous la montagne et attendre que tout ça se remplisse. Ça donnera naissance à un immense lac. De quoi rêver de dériveurs, de ski nautique, de baignade … mais n'oubliez pas que la nature est hostile. Le lac se remplira d'eau, mais aussi de serpents, crocos, sangsues, insectes bizarres et autre saloperies dont il faut généralement plus qu’un simple pschitt de Baygon pour se débarrasser.
Toujours intéressé ? N'oubliez pas la crème solaire et la cotte de maille !
Le soir, nous nous retrouvons autour de quelques bières, dans une ambiance bon enfant. Chacun y va de ses pronostics et autres commentaires footballistiques, en attendant que le mondiale ne commence.
Moi, vous me connaissez, le foot, je m'en cogne complètement … mais avec une force ! Et ça dure depuis tellement d'années, qu'à part la victoire de la France en 98 (on nous en a tellement fait un flan que même un sourd-muet-aveugle n'a pas pu passer à cote) et sa défaite en 2002 (qui m'a beaucoup fait rire) j'y connais absolument rien. Pas même le nom des joueurs (à part Zizou bien sur !). Je vous raconte pas l'angoisse à l'approche de cette coupe du monde. Évidemment, tout le monde s'enquiert de mon opinion qui ne peut être, étant français, que hautement qualifiée. Comment leurs expliquer ? J'ai bien essayé de leur faire comprendre qu'en tant que bon toulousain, j'étais plutôt rugby … mais que neni : ils veulent mes pronostics.
Alors que voulez-vous, je les leurs donne. Ah ils vont pas être déçu du voyage. J'invente, je bluffe, je tente un avis à contre courrant. Quand je m'enfonce, je me mets à parler encore plus mal anglais pour qu'ils mettent ça sur le coup de la barrière linguistique.
Non, allez, sans rire … Cette année. Je vais me tenir au courrant. Au moins de ce que fais l'équipe de France, comme ça, dans 10 jours, j'suis peinard !
Plus sérieusement, je vois ça comme un sujet universel de discussion. Pendant un mois, on cesse de vous parler des oscillations du baromètre pour vous narrer les exploits de Ronaldino (pardon Zizou) lors du dernier match contre la Papouasie Nouvelle Guinée (mais si, ils sont qualifiés).
Mon coup de gueule terminé, je me dois de préciser que j'ai passé une très bonne soirée … comme quoi !
Merci à ceux qui continuent de lire ce blog. N'hésitez pas à vous manifester, à donner votre avis ou vos pronostics pour la finale. Ça me permettra d'avoir quelque chose à dire la prochaine fois. Sinon, vous pouvez également laisser une bafouille pour dire une connerie. C’est pas interdit non plus. Enfin, toute forme de nouvelle (mail, carte postale, courrier, pigeon voyageur ou signaux de fumée) sera la bienvenue…
Je laisse donc Barnabé et Fix, pour partir en compagnie de Michel, chef de projet pour Bakun et Sankara, un ingénieur … qui apparemment à fait tous les plans tout seul ! Nous arrivons a Bintulu ou Joachim, un local embauché sur le site, nous attend, au volant d’un énorme 4x4.
Un barrage nécessite généralement beaucoup de place, un cours d'eau et du dénivelé. C'est pour cela qu'on les trouve rarement au milieu des grosses métropoles. Il faut environ 4h en 4x4 (autant de 4 … ça va coller des boutons à mes lecteurs chinois) pour rejoindre Bakun. Les traces de civilisation disparaissent considérablement au bout de quelques kilomètres. Nous croisons de temps à autre quelques longhouses, habitations traditionnelles de Sarawak. Comme leur nom l'indique, il s'agit de maisons construites toute en long où vivent tous les membres d’une même famille. De l'arrière grand père au petit-fils, chacun en occupe un tronçon. Quand la famille s'agrandit, la maison aussi.
Un semblant de route a été aménagé pour permettre à tous les engins de rejoindre le chantier, mais cela reste très loin de la nationale … voir de la départementale ou même de la communale … nous sommes plutôt dans le vicinal … et encore !
Nous arrivons néanmoins à destination. De par sa position isolée, le chantier est un petite ville en soit. Des habitations, un bar-restaurant et même, clé de voûte de la culture asiatique, un karaoké !
Le matin, levé de bonheur pour se rendre à la réunion mensuelle de coordination (traduction littérale). Tous les responsables des différents morceaux du barrage se retrouvent une fois par mois pour expliquer au client que c'est la faute de l'autre s’il est en retard. Objection votre honneur, c'est lui qui a pas voulu me faire ma route, il fait rien qu'à m' embêter. Quand on voit à combien s'élèvent les pénalités de retard, ça a de quoi vous faire hausser le ton.
Après ce spectacle (vu mon niveau dans la hiérarchie et mon expérience dans les barrages, vous vous doutez bien que j'ai fermé ma gueule. D'une part parce que j'avais rien à dire et d'autre part, parce que personne ne voulait m'écouter. De toute façon, nous sommes parfaitement dans les délais et le client nous a même donné un bon point. A ce rythme-là, si on se relâche pas et qu'on rend de bonne composition en fin de trimestre, on pourrait même être cité au tableau d'honneur.
Un repas ingurgité en 3 secondes 2 dixièmes avant d'aller au bureau (algeco ?). Un petit tour dans l'entrepôt pour voir des machines démesurées. Ça fait 5 ans qu'on a un problème à la maison avec la pompe de relèvement, j'ai ici quelque chose qui pourrait aisément la remplacer : une espèce d'engin (une pompe en fait) a peine plus grande que moi.
Puis, enfin, arrive la visite de chantier. En plein cagnard, la température sous mon casque doit avoisiner les 800°C … c'est environ à cette température que mon cerveau commence à faire des petites bubulles. Mais de quoi je me plains ? Ça fait tout juste 20 min que je suis dehors et quand je vois des gars qui passent la journée (le Lundi ?) au soleil, un chalumeau a la main, je me dis qu'après tout, il fait pas si chaud.
Le chantier est impressionnant. Nous sommes au pied d'un barrage de 205 m de haut (pour l'instant il n'en fait que 160 … mais c'est déjà pas mal).
Le chantier devrait être terminé dans 3 ou 4 ans (inch allah) et il faudra environ 8 mois pour remplir le lac. Une fois le barrage terminé, il faudra enlever le petit barrage provisoire, reboucher le tunnel qui dévie l'eau sous la montagne et attendre que tout ça se remplisse. Ça donnera naissance à un immense lac. De quoi rêver de dériveurs, de ski nautique, de baignade … mais n'oubliez pas que la nature est hostile. Le lac se remplira d'eau, mais aussi de serpents, crocos, sangsues, insectes bizarres et autre saloperies dont il faut généralement plus qu’un simple pschitt de Baygon pour se débarrasser.
Toujours intéressé ? N'oubliez pas la crème solaire et la cotte de maille !
Le soir, nous nous retrouvons autour de quelques bières, dans une ambiance bon enfant. Chacun y va de ses pronostics et autres commentaires footballistiques, en attendant que le mondiale ne commence.
Moi, vous me connaissez, le foot, je m'en cogne complètement … mais avec une force ! Et ça dure depuis tellement d'années, qu'à part la victoire de la France en 98 (on nous en a tellement fait un flan que même un sourd-muet-aveugle n'a pas pu passer à cote) et sa défaite en 2002 (qui m'a beaucoup fait rire) j'y connais absolument rien. Pas même le nom des joueurs (à part Zizou bien sur !). Je vous raconte pas l'angoisse à l'approche de cette coupe du monde. Évidemment, tout le monde s'enquiert de mon opinion qui ne peut être, étant français, que hautement qualifiée. Comment leurs expliquer ? J'ai bien essayé de leur faire comprendre qu'en tant que bon toulousain, j'étais plutôt rugby … mais que neni : ils veulent mes pronostics.
Alors que voulez-vous, je les leurs donne. Ah ils vont pas être déçu du voyage. J'invente, je bluffe, je tente un avis à contre courrant. Quand je m'enfonce, je me mets à parler encore plus mal anglais pour qu'ils mettent ça sur le coup de la barrière linguistique.
Non, allez, sans rire … Cette année. Je vais me tenir au courrant. Au moins de ce que fais l'équipe de France, comme ça, dans 10 jours, j'suis peinard !
Plus sérieusement, je vois ça comme un sujet universel de discussion. Pendant un mois, on cesse de vous parler des oscillations du baromètre pour vous narrer les exploits de Ronaldino (pardon Zizou) lors du dernier match contre la Papouasie Nouvelle Guinée (mais si, ils sont qualifiés).
Mon coup de gueule terminé, je me dois de préciser que j'ai passé une très bonne soirée … comme quoi !
Merci à ceux qui continuent de lire ce blog. N'hésitez pas à vous manifester, à donner votre avis ou vos pronostics pour la finale. Ça me permettra d'avoir quelque chose à dire la prochaine fois. Sinon, vous pouvez également laisser une bafouille pour dire une connerie. C’est pas interdit non plus. Enfin, toute forme de nouvelle (mail, carte postale, courrier, pigeon voyageur ou signaux de fumée) sera la bienvenue…

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire