mercredi 21 juin 2006

Brunei

Je me permets de splitter mon voyage à Bornéo en 2, pour arriver à rattraper mon retard dans la rédaction de ces petites notes. Si vous n’êtes pas content, c'est pareil.
Avouez quand même que je tiens bon. Un article par semaine (ou presque). Et je me fous pas de vous. Je paye ma page word à chaque fois (taille 12 siouplait). Je sais que ça vous occupe, le matin au boulot avec votre tasse de café. Je le vois bien sur les statistiques (gros pic de consultation a 9h). J'suis sympa, hein ?
Bref, comme je vous disais la dernière fois (je crois pas l'avoir dit mais c'est tout comme), mon boss et Sankara repartent de Miri. (prenez une carte). Ils me déposent la avec mes affaires car je vais profiter du fait que je suis sur place pour aller me balader un petit peu. Oh, pas loin … d'abord, je n'ai que 3 jours et ici, le moindre trajet prend des heures et des heures. Je choisis donc d'aller dans un pays où jamais je n'aurai pensé mettre les pieds. Ce pays, tout le monde en a entendu parler, mais personne ne sait ou il se trouve. Non pas que les français soit plus mauvais que d'autres en géographie. Il s'agit juste d'un tout petit pays. Je vous donne un indice : le sultan compte parmi les homes les plus riches du monde (je ne parle pas de Bill Gates). Vous y êtes ?
Je profite donc d'être dans le coin pour passer la frontière est aller voir à quoi ressemble Brunei.
Première constatation : c'est très différent ! À peine passe la frontière, le décor change : des maisons avec de jolis jardins et un 4x4 tout neuf. Explication : il y a des pompes a pétrole au milieu de la pelouse … c'est pas des blagues. Le pays est posé sur une grosse nappe de pétrole, le tout appartenant au Sultan évidement. Ils n'ont qu'à se baisser pour ramasser !
Après quelques heures, une frontière et cinq bus, j'arrive à Bandar Seri Bengawan. Toujours dans une soucis de rendre cette pose matinale à la fois divertissante et instructive, je m'en vais vous présenter Brunei. Avouez que sans ça, c'est bien le dernier pays sur laquel vous vous renseignerez spontanément (moi aussi … et pourtant). Negara Brunei Darussalam (de son nom de jeune fille) est a peine plus grand que l'Andorre, mais sans les montagnes, et sans l'alcool (La vente est interdite depuis 1991, c'e n’est pas la peine non plus de chercher les pubs irlandais !).
Mais que reste-il de l'Andorre si on lui supprime l'alcool et les montagnes, me direz-vous ? J'ai envie de répondre la charcuterie bien sûr … mais y en a pas non plus !
Oublions l'Andorre quelques instants (jusqu'en Septembre ... ensuite si quelqu'un veut m'accompagner pour une petite rando dans les pyrénées, qu'il me le fasse savoir).
Je disais donc, Brunei : classe 161e pour sa superficie, indépendant depuis le 1er janvier 1984, capitale Bandar Seri Bengawan, 61 hab/km2, monnaie : le dollar Brunei, monarchie absolue, nom du Sultan : Haji Hassanal Bolkiah Mu'izaddin Waddaulah.
Ce petit intermède culturel étant terminé, j'en reviens à mes moutons. J'arrive donc a BSB (pour les intimes). Première impression : c'est calme ! No traffic jam at all. Ça change de KL. Je file poser mon sac dans le seul Backpackers Lodge de la ville. Je vais partager ma chambre avec un Japonais dont j'ai pas bien saisi le nom. Il me dit qu'il vient d'Hiroshima … pourquoi pas. Je perds quelques kilos en laissant mes affaires et je retourne vers le centre ville.
Un taxi-boat (espèce de hors-bord qui pullulent sur le bras de mer) me conduit quelques centaines de mètres plus loin, aux portes d'un village flottant. Environ 10 000 personnes habitent là, dans des maisons sur pilotis (donc pas tout à fait flottantes). Des kilomètres de pontons, tels des trottoirs locaux, sinuent entre les habitations. Je vous fais part de ce détail car maman et moi avons une véritable passion commune pour les pontons. Je n'ai jamais pensé à demander une quelconque explication à un psy, mais je ne pense pas que ça soit trop grave. Un jeune étranger - à moins que ce ne soit moi l'étranger - me propose une visite guidée du village et même d'une authentique et maison traditionnelle : la sienne. La méfiance devrait m'habiter, mais je me laisse tenter (et non pas séduire). Brunei étant à la fois un pays relativement riche... et pas du tout touristique, les gens sont adorables et ne regardent pas les Mat Salleh (j'vous ait déjà expliqué, faut suivre) comme des gros paquets de dollars.
Au milieu de du village trône même une mosquée dont le muezzin se met à chanter "mon dieu, tu es grand tu es beau, dieu divin dieu très haut …" mais en arabe littéraire, c'est pour ça que ça sonne différemment. Jimy, car c'est comme ça que s'appelle mon guide intérimaire, m'explique qu'ayant passé la soirée de la veille à picoler avec des amis... et ayant l'intention de recommencer le soir même, il ne serait pas de bon ton qu'il assistasse à la prière.
Le soleil s'apprêtant à se coucher, je me dirige vers une extrémité d'un des pontons pour héler un chauffeur de taxi-boat afin de rejoindre le plancher des vaches. Après avoir nourris mon corps et mon âme avec un copieux nasi goreng, à la terrasse d'un resto en bord de mer, avec vue sur le palais illuminé et couver d'or du Sultan. J'aurai bien évidemment préféré être sur la terrasse du palais avec vu sur le resto, mais c n'est qu'une question de point de vue.
Après une petite visite de BSB by night, avec sa folle vie nocturne, ses boîtes de nuits décadentes et ses gogo-danseuses, j’ai regagné l’auberge de jeunesse pour une bonne nuit de repos. En fait, le patron m’a annoncé qu’il recevait un groupe d’étudiants en vacances et qu’il fallait donc que je dégage avant 7h.
Rien de mieux pour démarrer la journée que de se faire réveiller aux aurores par un brunéien qui , malgré toute l’estime qu’il peut vous porter, est impatient de vous regarder vous éloigner de chez lui, votre sac sur le dos.
Je repars donc, les yeux bouffits de fatigue. Une brève tentative couronnée d’échec, alors que je tente de rentrer dans le palais du Sultan. Une visite de la mosquée où j’aperçois un visage familier : Jimy ! Il bosse ici ! Après tout pourquoi pas. Un peu gêné, il n’ose pas me répondre quand je lui demande si sa soirée avec ses copains s’est bien passée …
Et puis je reprends le bus. Ou plutôt les bus, car je dois changer 5 fois pour arriver à Miri (au même endroit sur la carte). J’arrive malheureusement trop tard pour continuer mon périple vers un endroit plus accueillant. Je prends une chambre dans un hôtel pas trop loin de la gare de bus, dans le vieux Miri. Typique. L’hôtel a le mérite d’être pas cher. Et pour cause. Je m’aperçois rapidement que le tenancier, un homme bedonnant et transpirant, exerce une activité parallèle qui lui permet de mettre du beurre dans le Nasi Goreng ! Le plus vieux métier du monde comme on dit. Après qu’il ait frappé 3 fois à ma porte en moins d’une heure pour me proposer à chaque fois une fille différente (et un peu défraîchie), je décide d’aller faire un tour pour me restaurer et pourquoi pas prendre une bière dans un coin sympa. Mais la vie nocturne de Miri est assez décevante, surtout en semaine et j’ai vite fait le tour des animations touristiques. Je me vois donc obliger de retourner à ma chambre (le plus discrètement possible) où je m’enferme à triple tour (plus la chaîne, sait-on jamais).
Je fini par m’endormir, lové dans mon sac a viande, en faisant bien attention à ce qu’aucune parcelle de ma peau ne soit en contact avec les draps de l’hôtel que je soupçonne plus que douteux.
Levé de bonheur, je file à la gare des bus, en route pour Bintulu. Un voyage sans encombre. J’ai même droit à un film thaïlandais, en VO, sous-titré en malais. Un chef d’œuvre !!! Le bus me dépose en chemin, un peu avant l’arrivée car je compte bien utiliser le temps qu’il me reste pour rejoindre l’aéroport par mes propres moyens et éviter tout contact superflu avec les chauffeurs de taxi, mon seuil de tolérance avec ces gens la ayant atteint ses limites.
Le stop marche relativement bien au début … mais j’ai beaucoup moins de chance alors que je m’approche de l’aéroport. Il me reste que quelques kilomètres que je décide de faire en marchant et pour la deuxième fois de ma vie (depuis Medan), j’arrive à pied à l’aéroport.

Merci à tous ceux qui patientent en attendant des nouvelles. Les statistiques sont en baisse en ce qui concerne les commentaires mais je mets ça sur le compte des vacances. Attention au coup de soleil et bon courage à ceux qui sont en stage. Attention avec la clim, un rhume est vite arrivée ! Il me tarde de vous retrouver. Take care …

To whom it may concern :

Chère Marie-Hélène,
Je comprends ton inquiétude. Mais tu sais ce qu'on dit : pas de nouvelle, bonnes nouvelles. Je mène une vie reposante en Asie. Les débuts furent un peu durs, mais j'ai finalement trouve un superbe papier peint qui imite à la perfection les briques rouges de la ville rose. Pour compléter le tableau, j'ai fait peindre en trompe l'oeil une vue de la Garonne sur l'immeuble d'en face. Le réalisme est époustouflant.
Certes, ma maman me manque terriblement, mais je sais qu'elle pense très fort a moi. Je fais régulièrement mes 14h de sommeil, ce qui me permet d'arriver a l'heure au bureau, frais et dispo. Pour plus de sécurité, j'utilise 5 réveils, symétriquement repartis dans ma chambre. S'il m'arrive de ne me brosser les dents que 2 fois par jour, c'est uniquement pour pimenter un peu ma vie et éprouver une sensation d'aventure. C'est pour ces mêmes raisons qu'il m'arrive de faire une sieste dans mon hamac. Je me suis malheureusement fait piquer mes brassards orange par une petite fille de 4 ans (mes très costaux pour son age). Je profite de la piscine, assis sur le rebord. C'est mieux ainsi. Quant à la mer … je ne pense pas que ce genre de vie extravagante me convienne. Je ne sais pas comment vous pouvez endurer autant d'imprévus. Le fait de ne pas toujours savoir le temps qu'il va faire le lendemain m'empêche parfois de dormir. En ce qui concerne le coté relationnel, tu ne me rencontrais pas. Je me suis fait beaucoup d'amis. Nous nous retrouvons régulièrement sur Internet pour échanger des blagues. Il m'arrive d'avoir mal au ventre tellement je ris.
Non, vraiment, ne te fais aucun souci pour moi. Si tu n'es pas convaincue, je t'invite à me rendre visite pour venir vérifier par toi même…
Gros bisous et à bientôt

Vincent



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jeudi 8 juin 2006

Bakun, Borneo

Je travaille en ce moment sur le projet Bakun, un barrage en construction dans la province de Sarawak, au nord de Bornéo. Afin de voir de prêt à quoi cela ressemble, on me propose d'aller passer quelques jours sur place… l'occasion de joindre l'utile à l'agréable. Et puis … ça changera certainement des plages de sables blancs
Je laisse donc Barnabé et Fix, pour partir en compagnie de Michel, chef de projet pour Bakun et Sankara, un ingénieur … qui apparemment à fait tous les plans tout seul ! Nous arrivons a Bintulu ou Joachim, un local embauché sur le site, nous attend, au volant d’un énorme 4x4.
Un barrage nécessite généralement beaucoup de place, un cours d'eau et du dénivelé. C'est pour cela qu'on les trouve rarement au milieu des grosses métropoles. Il faut environ 4h en 4x4 (autant de 4 … ça va coller des boutons à mes lecteurs chinois) pour rejoindre Bakun. Les traces de civilisation disparaissent considérablement au bout de quelques kilomètres. Nous croisons de temps à autre quelques longhouses, habitations traditionnelles de Sarawak. Comme leur nom l'indique, il s'agit de maisons construites toute en long où vivent tous les membres d’une même famille. De l'arrière grand père au petit-fils, chacun en occupe un tronçon. Quand la famille s'agrandit, la maison aussi.
Un semblant de route a été aménagé pour permettre à tous les engins de rejoindre le chantier, mais cela reste très loin de la nationale … voir de la départementale ou même de la communale … nous sommes plutôt dans le vicinal … et encore !
Nous arrivons néanmoins à destination. De par sa position isolée, le chantier est un petite ville en soit. Des habitations, un bar-restaurant et même, clé de voûte de la culture asiatique, un karaoké !
Le matin, levé de bonheur pour se rendre à la réunion mensuelle de coordination (traduction littérale). Tous les responsables des différents morceaux du barrage se retrouvent une fois par mois pour expliquer au client que c'est la faute de l'autre s’il est en retard. Objection votre honneur, c'est lui qui a pas voulu me faire ma route, il fait rien qu'à m' embêter. Quand on voit à combien s'élèvent les pénalités de retard, ça a de quoi vous faire hausser le ton.
Après ce spectacle (vu mon niveau dans la hiérarchie et mon expérience dans les barrages, vous vous doutez bien que j'ai fermé ma gueule. D'une part parce que j'avais rien à dire et d'autre part, parce que personne ne voulait m'écouter. De toute façon, nous sommes parfaitement dans les délais et le client nous a même donné un bon point. A ce rythme-là, si on se relâche pas et qu'on rend de bonne composition en fin de trimestre, on pourrait même être cité au tableau d'honneur.
Un repas ingurgité en 3 secondes 2 dixièmes avant d'aller au bureau (algeco ?). Un petit tour dans l'entrepôt pour voir des machines démesurées. Ça fait 5 ans qu'on a un problème à la maison avec la pompe de relèvement, j'ai ici quelque chose qui pourrait aisément la remplacer : une espèce d'engin (une pompe en fait) a peine plus grande que moi.
Puis, enfin, arrive la visite de chantier. En plein cagnard, la température sous mon casque doit avoisiner les 800°C … c'est environ à cette température que mon cerveau commence à faire des petites bubulles. Mais de quoi je me plains ? Ça fait tout juste 20 min que je suis dehors et quand je vois des gars qui passent la journée (le Lundi ?) au soleil, un chalumeau a la main, je me dis qu'après tout, il fait pas si chaud.
Le chantier est impressionnant. Nous sommes au pied d'un barrage de 205 m de haut (pour l'instant il n'en fait que 160 … mais c'est déjà pas mal).
Le chantier devrait être terminé dans 3 ou 4 ans (inch allah) et il faudra environ 8 mois pour remplir le lac. Une fois le barrage terminé, il faudra enlever le petit barrage provisoire, reboucher le tunnel qui dévie l'eau sous la montagne et attendre que tout ça se remplisse. Ça donnera naissance à un immense lac. De quoi rêver de dériveurs, de ski nautique, de baignade … mais n'oubliez pas que la nature est hostile. Le lac se remplira d'eau, mais aussi de serpents, crocos, sangsues, insectes bizarres et autre saloperies dont il faut généralement plus qu’un simple pschitt de Baygon pour se débarrasser.
Toujours intéressé ? N'oubliez pas la crème solaire et la cotte de maille !
Le soir, nous nous retrouvons autour de quelques bières, dans une ambiance bon enfant. Chacun y va de ses pronostics et autres commentaires footballistiques, en attendant que le mondiale ne commence.
Moi, vous me connaissez, le foot, je m'en cogne complètement … mais avec une force ! Et ça dure depuis tellement d'années, qu'à part la victoire de la France en 98 (on nous en a tellement fait un flan que même un sourd-muet-aveugle n'a pas pu passer à cote) et sa défaite en 2002 (qui m'a beaucoup fait rire) j'y connais absolument rien. Pas même le nom des joueurs (à part Zizou bien sur !). Je vous raconte pas l'angoisse à l'approche de cette coupe du monde. Évidemment, tout le monde s'enquiert de mon opinion qui ne peut être, étant français, que hautement qualifiée. Comment leurs expliquer ? J'ai bien essayé de leur faire comprendre qu'en tant que bon toulousain, j'étais plutôt rugby … mais que neni : ils veulent mes pronostics.
Alors que voulez-vous, je les leurs donne. Ah ils vont pas être déçu du voyage. J'invente, je bluffe, je tente un avis à contre courrant. Quand je m'enfonce, je me mets à parler encore plus mal anglais pour qu'ils mettent ça sur le coup de la barrière linguistique.
Non, allez, sans rire … Cette année. Je vais me tenir au courrant. Au moins de ce que fais l'équipe de France, comme ça, dans 10 jours, j'suis peinard !
Plus sérieusement, je vois ça comme un sujet universel de discussion. Pendant un mois, on cesse de vous parler des oscillations du baromètre pour vous narrer les exploits de Ronaldino (pardon Zizou) lors du dernier match contre la Papouasie Nouvelle Guinée (mais si, ils sont qualifiés).
Mon coup de gueule terminé, je me dois de préciser que j'ai passé une très bonne soirée … comme quoi !


Merci à ceux qui continuent de lire ce blog. N'hésitez pas à vous manifester, à donner votre avis ou vos pronostics pour la finale. Ça me permettra d'avoir quelque chose à dire la prochaine fois. Sinon, vous pouvez également laisser une bafouille pour dire une connerie. C’est pas interdit non plus. Enfin, toute forme de nouvelle (mail, carte postale, courrier, pigeon voyageur ou signaux de fumée) sera la bienvenue…